La Victoire de Wellington

Ludwig Van Beethoven (1770-1823)

Le 12 juin 1813 dans les environs de la cité basque de Vitoria, Sir Arthur Wellesley, futur duc de Wellington, battait à plates coutures l’armée française commandée par le Roi Joseph Bonaparte et le Maréchal Jourdan. Cela réjouit tous les anti-Napoléoniens d’Europe et particulièrement à 1600 km de là: à Vienne où 2 talentueux hommes s’apprêtaient à célébrer cet évènement d’une façon inhabituelle. Ceux là étaient Ludwig Van Beethoven et un ami à lui, un homme d’une rare mais inquiétante habilité: Johann Nepomuk Maelzel.

Johann Nepomuk Maelzel était un inventeur. Il a créé un clairon mécanique pouvant jouer des marches de cavaleries, un cornet acoustique qui l’a rendu cher à Beethoven, et finalement un orchestre mécanique géant actionné à l’air sous pression composé de flûtes, trompettes, percussions, cymbales, triangles, violons, violoncelles et clarinettes. Beethoven qui devait 50 ducats à Maelzel accepta promptement d’écrire un morceau pour le monstre de métal. Qui le premier eu l’idée de La Victoire de Wellington, nul ne sait. De toutes façons Beethoven a écrit la musique en accord avec les capacités de la machine. La créature devait être remontée pour la « Symphonie de la Bataille », Maelzel suggéra donc à Beethoven d’adapter la partition pour un orchestre afin de gagner de l’argent. Il le fit et ils gagnèrent une somme rondelette. Il le refit et gagnèrent encore plus. Mais Maelzel prétendait à la possession de la partition considérant qu’il avait payé pour elle. Cela mit Beethoven en fureur (ce qui n’était pas très difficile), et il donna des concerts pour son seul bénéfice. Maelzel partit à Londres avec une copie et y donna aussi des concerts à son compte. Ils ne se réconcilièrent jamais.

Dans la version de Beethoven, les armées belligérantes s’introduisent et présentent leur pièce d’identité musicale avant de s’engager dans la bataille. Premièrement nous entendons le camp anglais: timidement comme sorti de nulle part, un tambour bat au loin; d’autres tambours se joignent à lui et la marche augmente en pouvoir et en intensité jusqu’à ce qu’un grondement de tonnerre remplisse les airs, puis au-dessus du roulement de tambours les trompettes lancent un cri de bataille; les Anglais coiffent cette fanfare éclatante avec une entraînante éxécution de Rule Britania. De leur coté les Français répliquent avec leur propre fanfare et l’hymne guerrier Malbrouque s’en va-t-en guerre. Suivant ces préliminaires les Français défient les Anglais de se battre, dans un vibrant appel des trompettes. Ils acceptent répliquant à l’appel avec leurs plus hautes trompettes. La bataille commence. Maintenant l’orchestre principal prend le dessus. Dans la bataille les trompettes françaises et anglaises peuvent être entendues de leur coté respectif, ralliant les troupes. Les canons et les mousquets ponctuent l’évolution de la bataille. Après un moment, seuls les canons anglais résonnent. Les Anglais ont pris le dessus, l’armée de Bonaparte agonise dans une pathétique version en ton mineur de Malbrouque s’en va-t-en guerre. Le final, avec une vigoureuse exécution de God Save The King porte cette « pièce d’occasion » à une formidable conclusion.

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